PLAN

INTRODUCTION

  1. BIOGRAPHIE ET BIBLIOGRAPHIE DE L’AUTEUR

   I.1. Biographie de l’auteur

   I.2. Bibliographie de l’auteur

II.           PRÉSENTATION DU PARATEXTE ET RÉSUMÉS DE                      CHAQUE NOUVELLE

  II.1. Présentation du paratexte

  II.2. Résumés des nouvelles

III. STRUCTURE DE LA NOUVELLE LA DAMNÉE ET ÉTUDE DES        PERSONNAGES

  III.1. Structure de  la nouvelle LA DAMNÉE

  III.2. Étude des personnages

IV. ÉTUDE THÉMATIQUE DE LA NOUVELLE ET L’ÉNONCIATION

   IV.1. Étude thématique

   IV.2. Énonciation

V. SCHÉMA NARRATIF ET SCHÉMA ACTANCIEL

  V.1. Schéma narratif de la nouvelle

   V.2. Schéma actanciel de la nouvelle

VI. ÉTUDE DE LA VALEUR TEMPORELLE ET DES FIGURES DE STYLE DANS LA NOUVELLE

  VI.1. Étude de la valeur temporelle dans la nouvelle

  VI.2. Étude des figures de style dans la nouvelle

CONCLUSION

 

 

 

 

INTRODUCTON

 La littérature est un ensemble d’œuvres écrites et orales à visée esthétique et à dimension fictionnelle. La littérature burkinabé serait donc un ensemble d’œuvres littéraires produites par des écrivains burkinabé. Cette littérature a connu son essor à partir des années 1980 grâce aux écrivains talentueux. De  ces écrivains nous pouvons retenir William Aristide Nassidia COMBARY auteur du recueil de nouvelles LES SEPT DOULEURS. La première nouvelle de ce recueil intitulée LA DAMNÉE, fera l’objet de notre étude. Cette étude consistera à passer cette nouvelle au peigne fin pour faire ressortir sa structure, ses personnages, les thèmes, l’énonciation, et ses richesses littéraires que sont la valeur temporelle et les figures de style. Ce travail entrant dans la logique de l’étude intégrale des œuvres littéraires, nous consacrerons donc la première partie à l’étude du recueil de nouvelles dans son ensemble.

  1. I.                   BIOGRAPHIE ET BIBLIOGRAPHIE DE L’AUTEUR

I.1. Biographie de l’auteur

       William Aristide Nassidia COMBARY est né le 1er juin 198O à Fada N’Gourma. Il fit l’école primaire avant d’entrer au Prytanée militaire du Kadiogo en 1992 où il obtint le baccalauréat-philosophie Lettres en 1999. La même année il entre à l’académie royale militaire de Meknès au Maroc et en sort avec une maîtrise en Droit public option relations internationales en 2003. William COMBARY est officier de la gendarmerie au Burkina Faso.

II.2. Bibliographie de l’auteur

       William COMBARY est auteur de plusieurs œuvres littéraires de genres variés. Elles sont entre autres :

-          LES SEPT DOULEURS, édition l’harmattan Burkina, 2008, 80p.

-          HYMNE A L’AMOUR, édition Découvertes du Burkina, 2008, 102p.

-          A LA CROISEE DES CHEMINS, éditions Découvertes du Burkina, 2009.

-          SUEURS FROIDES, éditions Découvertes du Burkina, 2012

 

  1. II.                PRÉSENTATION DU PARATEXTE ET RÉSUMÉ DE                      CHAQUE NOUVELLE

         II.1. Le paratexte

        LANGLADE définit  la notion de paratexte  comme tout ce qui entoure le texte. Les différents éléments du paratexte d’une œuvre littéraire sont : le titre de l’œuvre, le nom de l’auteur, la dédicace, la préface, la postface le résumé de la quatrième page de couverture, l’avertissement, les titres de partie et de chapitre, l’épigraphe.Les éléments du paratexte du recueil de nouvelles LES SEPT DOULEURS sont les suivants :

 

 

  • Le titre

      Le titre d’une œuvre littéraire est une étiquette qui doit être en rapport avec l’œuvre. Elle doit attirer l’attention du lecteur. Le recueil de nouvelles qui fait l’objet de notre étude s’intitule LES SEPT DOULEURS. Ce titre est évocateur. En effet, il est le résumé du contenu de l’œuvre. Dans ce recueil, il y a sept nouvelles et chacune pose un des problèmes cruciaux qui minent les sociétés africaines. L’auteur a choisi le chiffre sept (7) parce que derrière ce chiffre se cache toute une histoire. Dans les sociétés africaines, ce chiffre a une connotation négative ; il est le chiffre des péchés capitaux dont il faut se garder.

  • L’interprétation de la première page de couverture

      Cette page comporte le titre de l’œuvre, le nom de l’auteur, le nom de la maison d’édition et une image. Cette image que comporte la première page est celle d’une adolescente en larmes. Elle est assise la main sous le menton. Cela est le signe de la souffrance, la posture de quelqu’un qui est soucieux. Cette fille est assise à côté des cases qui baignent dans une obscurité totale nonobstant le soleil qui y brille. La vie de Niépou est sombre malgré le soleil brillant. Cette fille possède des liasses de billets qui de coutume font le bonheur de tout être humain mais, elle n’est pas heureuse. En effet la source d’acquisition de ces liasses de billets la fait souffrir moralement. Cette souffrance est rendue par la couleur rouge du titre du recueil. La couleur jaune du nom de l’auteur traduit sa compassion face à la souffrance vécue. Il faut noter que cette image est le résumé de la première nouvelle sur laquelle nous mènerons une étude détaillée.

  • La dédicace

      La dédicace est une formule imprimée ou manuscrite par laquelle un auteur fait hommage de son œuvre à quelqu’un. L’auteur dédie ce recueil de nouvelles à son père Michel, à sa mère Henriette, à tous ses frères et sœurs.

  • La préface

      C’est un texte placé au début d’une œuvre et qui présente l’œuvre et son auteur. Le recueil LES SEPT DOULEURS a été préfacé par Yéro BOLY à son temps Ministre de la défense du Burkina Faso. Cette préface dit que W. COMBARY est un auteur particulier car dans l’environnement culturel du Burkina il est rare que des militaires produisent des œuvres littéraires. Yéro BOLY a encouragé l’auteur par son audace du fait qu’il a évoqué des sujets d’actualité souvent tabous.

  • L’avertissement

     C’est un commentaire ou un clin d’œil au lecteur pour attirer son attention sur la particularité de l’œuvre. L’avertissement dans LES SEPT DOULEURS interpelle le lecteur sur le caractère fictif des sept nouvelles du recueil. Cet avertissement qui est de l’auteur révèle qu’il est préférable de parler sans occulter certaines réalités et qu’ « il faut appeler le chat par son nom» dans tout message.

  • Le résumé de la quatrième page

      La quatrième page de la couverture qui a une fonction informative et publicitaire, permet au lecteur un meilleur accès au livre. Pour cette œuvre, elle en donne un aperçu, comporte la photo de l’auteur et sa biographie. Pour ce qui est de l’aperçu, l’auteur va au-delà des tabous pour évoquer les douleurs afin d’attirer l’attention sur la souffrance de l’Homme (enfants, femmes) dans la société africaine. Ce résumé de la quatrième page nous apprend que les sept douleurs évoquées dans ce recueil ne sont rien d’autre que le vécu quotidien de l’Homme qui est permanemment en face d’un destin qu’il ne maîtrise pas et qui le plus souvent l’écrase. 

        II.2. Les résumés des nouvelles

    Rappelons que la nouvelle en littérature se définit comme un récit d’aventure imaginaire, bref (par rapport au roman) qui présente et fait vivre les personnages. Ce récit fictif raconte l’histoire, les aventures, le destin de ces personnages. Selon le Dictionnaire Robert, la nouvelle est « Un récit généralement bref, de construction dramatique et présentant des personnages peu nombreux.»  

 

Nouvelle 1 : LA DAMNÉE (page 9 à15)

        Niépou, une petite fille, semble être le point d’attraction des problèmes. En effet, reniée par son père avant même sa naissance, la mère en meurt de chagrins dès le bas âge de cette fille. Sa grand-mère qui l’adopta par charité ne vivra pas longtemps. A la mort de cette dernière, Niépou quitte  son village pour la ville à la recherche de meilleures conditions de vie. Cependant la ville sera pour elle un milieu infernal. Violée par deux gaillards dans son premier logis qui était un jardin elle est désormais obligée de consacrer le reste de sa vie à la prostitution.

Nouvelle 2 : PROCÈS DE MON PÈRE (Page16 à27)

Dans cette nouvelle, il s’agit des déboires d’une femme. Dépassée par les exactions de son mari, elle se défoule en retraçant les moments favorables et défavorables de leur vie conjugale à sa fille de douze ans. En effet, mariée après s’être rassurée du sérieux de son futur mari, cette femme vivra heureuse au début du mariage. Mais hélas, cette joie sera brève comme un éclair. Elle est substituée par la tristesse. La pauvre femme sera désormais à cause d’une secrétaire de qui s’était amouraché son mari, régulièrement injuriée et même battue par celui-ci.

 

 

 

 

 

Nouvelle 3 : LE RIRE DE LA MORT (Page 28 à 38) 

Dans cette nouvelle c’est un garçon issu d’une famille bourgeoise qui raconte sa journée passée à l’hôpital. Cette journée est restée à jamais gravée dans son esprit. En effet ayant une simple allergie dermique, sa mère décida de l’emmener à l’hôpital pour une consultation chez le dermatologue. Dès l’entrée de l’hôpital, il eut  de la compassion pour les mendiants dont la vie est réduite à la souffrance. A l’hôpital, la gravité de la maladie des patients par là, les décès, les cris de désespoir et de douleur par ci, lui font oublier sa maladie. Depuis ce jour, il comprit que la santé est un bien très précieux qu’il faut préserver et s’estimer le plus heureux de ce monde quand on la possède.

Nouvelle 4 : SILENCE DANS MA VIE  (Page 39 à 48)

Marius un jeune homme était affligé par la mort par assassinat de Isaac, l’ami intime de son frère. Mais par le biais d’une lettre il comprendra les raisons de cet assassinat perpétré par son propre frère. Marié à Alice qu’il avait tant aimée, Fabrice menait une vie conjugale très heureuse. Cependant son retour surpris d’une mission de quelques mois à l’extérieur le hisse au rang des assassins. En effet il surprend sa femme dans les bras de Isaac, son meilleur ami. N’ayant pas pu dompter sa colère et sa violence, Fabrice poignarda Isaac et tua aussi sa femme. Ainsi ayant tout perdu, il entreprendra de mettre fin aussi à ses jours.

Nouvelle 5 : LUNE DE MIEL (Page 49 à 57)

Après le mariage de Jocelyne et Désiré, ils partirent pour la lune de miel à Lima. Ces jours furent très merveilleux pour eux. Cependant au soir du lendemain de leur retour de Lima, Jocelyne se retrouve dans un lit d’hôpital. Ce fait désaxa Désiré. Toutefois il y eut plus de peur que de mal car la dulcinée de Désiré recouvra la santé.

Nouvelle 6 : LE CRIME DE LA TRADITION (Page 58 à 68)

Dans cette nouvelle, le narrateur raconte sa propre histoire. Sa mère mourut en donnant naissance à sa sœur Ramatoulaye et son père, le précoce veuf se remaria. Ramatoulaye était une fille très intelligente qui n’avait pas été inscrite à l’école tout comme les autres filles de son village. Excisée et donnée en mariage forcé, Ramatoulaye sera fauchée à l’aube de sa vie dans la plénitude de la jeunesse par la mort suite à une hémorragie causée lors de l’accomplissement du premier acte sexuel conjugal. Cette information funèbre atterra son frère (le narrateur) et son père. Ce père ne survivra d’ailleurs pas longtemps après cette disparition de celle qui incarnait l’image de sa défunte femme.

Nouvelle 7 : JE REGRETTE (Page 69 à 80)

Youmadia un enfant issu d’une famille pauvre avait eu la chance d’être inscrit à l’école. Son père s’est battu corps et âme afin d’assurer la scolarité de son fils qui en retour l’encourageait par son travail excellent. A l’obtention du baccalauréat, Youmadia devrait poursuivre ses études en France ce qui fut fait. Pendant ses études en France, Youmadia coupa tout contact avec sa famille parce qu’une Blanche du nom de Patricia, était rentrée dans sa vie. Après les études il revient au pays natal avec sa Blanche mais s’installe dans une ville. Ainsi Youmadia avait-il renié son village et sa famille mais il regrettera cet acte : il est arrêté au service pour détournement de fonds dû en grande partie à son train de vie de bourgeois que lui imposait sa femme. A l’issue de cette arrestation et des conséquences qui s’en sont suivies, sa femme le quitta  pour la France et ne reviendra plus.

Commentaire sur le recueil

Ainsi résumé, LES SEPT DOULEURS pose respectivement le problème de la souffrance, de l’infidélité, de la maladie, de la trahison, des tourments de l’esprit, du mariage forcé et de l’excision ainsi que la perte de l’identité culturelle. Force est de constater que ces thèmes sont d’actualité donc il y a la nécessité d’une prise de conscience face à ces phénomènes. Il faut noter que l’auteur utilise un langage courant et des expressions fortement imagées pour rendre son message plus vivace. Après ce parcours de des différentes nouvelles constitutives de l’œuvre, focalisons notre étude détaillée sur la toute première. Pour ce qui est cette première nouvelle LA DAMNÉE, comment est-elle structurée.

  1. III.             STRUCTURE DE LA NOUVELLE LA DAMNÉE ET ÉTUDE DES PERSONNAGES

   III.1. Structure de la nouvelle

Cette nouvelle LA DAMNÉE, à l’instar des autres, n’est pas divisée en parties ou chapitres. Cependant à la lecture de cette nouvelle on peut la découper en trois séquences :

 

3

  • Première séquence : monotone ou en plateau

Dans  cette séquence le narrateur présente Niépou au village. Elle vivait avec sa grand-mère. La séquence se termine par une chute brutale qu’est la mort de cette grand-mère.

  • Deuxième séquence : descendante

Cette séquence raconte les premiers jours de Niépou en ville. Sans asile, Niépou erre toute la journée et dort à jeun sur un banc dans un jardin toute chose qui est une dégradation de ses conditions de vie déjà dérisoires au village. La séquence prend fin avec son adoption par maman Pounni, suite à ses blessures de viol. L’espoir éphémère commence à germer.

  • Troisième séquence : ascendante

Cette séquence relate la vie de Niépou chez maman Pounni. Elle est d’abord ménagère ensuite prostituée. Niépou n’est pas satisfaite de son travail mais cela lui permet de subvenir à ses besoins tels le manger, le logement, les vêtements, etc.

 

 

 

Ces séquences pourront être schématisées de la façon suivante :

                                                                                             

Village                                       Ville                                         Ville

vie chez la grand-mère    1ers jours de Niépou en                        Femme de ménage ;                 ville : Sans logement ;                                                     Prostitué

                                                      victime de

                                                           viol.

 

 

Enfance                          Adolescence à l’aventure                Adolescence à l’aventure

 

III.2. Étude des personnages de la nouvelle LA DAMNÉE

La nouvelle LA DAMNÉE ne comporte pas un grand nombre de personnages. Par ailleurs, le narrateur ne donne pas un large éventail de portrait physique et moral des personnages qui s’y trouvent. Ces quelques personnages sont :

-Niépou : elle est le personnage principal. Elle est présentée comme une jeune fille innocente née dans la misère et la souffrance. N’ayant pas demandé à venir  au monde,  Niépou doit payer les frais de l’acte ignoble posé par ses parents géniteurs plus particulièrement son père. Ce père irresponsable l’avait reniée avant même sa naissance et sa mère en mourra. Abandonnée précocement face à son destin, Niépou doit se battre afin de subvenir à ses besoins. Son courage et sa détermination sombreront dans un métier indigne : la prostitution en ville.      Niépou est l’incarnation des femmes battantes dans la société. En effet, ayant tout perdu au village, elle n’a pas mis fin à sa vie en se suicidant comme le font bon nombre de personnes dans certaines situations ; elle prend son courage en main et se rend en ville dans l’intention de voir l’espoir renaître. Malgré les intempéries de la ville, elle arrive à se faire une place. Elle possédera des liasses de billets mais ne sera jamais comblée car elle juge cet argent sale, impropre.

-Maman Pounni : elle est la femme qui adopta Niépou après qu’elle ait élu domicile deux nuits dans un jardin et y être violée. Il faut noter que cette femme fit cet acte en contrepartie. Elle intégrera plus tard Niépou dans le réseau de la prostitution et en tirera certainement profit. Cette maman Pounni vivait de ce métier qui était d’adopter les filles démunies, de prendre bien soin d’elles afin qu’elles soient séduisantes et de faire d’elles des prostitués. Cette femme à l’instar de bon nombre de personnes qui vivent en ville rejette la tradition. Quand elle adopta Niépou, elle la rebaptisa du nom de Cécile ; nom qu’elle jugea plus beau et plus facile à prononcer.

En outre, quand elle intégra Niépou dans la prostitution, maman Pouni exigea d’elle un type d’habillement au détriment de celui que la fille avait quand elle était au village.

-Le narrateur : il est celui qui raconte l’histoire il compatit à la douleur et à la souffrance de Niépou. Au début avec une intention d’être un client de Niépou, il y renoncera après que cette dernière lui ait raconté son histoire c’est-à-dire ce qui l’avait contrainte à vendre ses charmes, à se retrouver auprès de lui prête à s’offrir. Cependant le narrateur qui avait renoncé à sa volonté de satisfaire sa libido chez Niépou, lui versa quand même la somme due. Le narrateur est l’incarnation des personnes de bonne foi et de bonne moralité dans nos sociétés, qui compatissent à la douleur et à la souffrance des autres. Ces personnes bien que vivant en ville, ne sont pas indifférentes aux problèmes du prochain.

-Les deux gaillards : Ce sont les jeunes qui abusèrent sexuellement de Niépou dans un jardin, la deuxième nuit de son arrivée en ville. Ces gaillards étaient aussi misérables que Niépou puisqu’ils dormaient à la belle étoile comme cette dernière. Ces jeunes cependant au lieu d’œuvrer à l’amélioration de leurs conditions de vie, ne pensent qu’à la satisfaction de leur libido. Ils incarnent les délinquants de la ville.

-La famille de Niépou (père, mère, grand-mère) : la nouvelle ne fournit pas assez d’informations sur le père et la mère de Niépou mais fait savoir qu’ils ont été à l’origine de la souffrance de celle-ci. Ces  parents géniteurs incarnent l’image des jeunes irresponsables dans la société. Quant à la grand-mère de Niépou, à l’instar de bon nombre de vielles personnes, elle incarne la sagesse et la charité dans la société. De  par ces valeurs, elle élèvera Niépou en dépit de son faible revenu. Sa mort fut le début des cauchemars dans la vie de Niépou.

  1. IV.             ÉTUDE THÉMATIQUE DE LA NOUVELLE ET L’ÉNONCIATION

IV.1. Étude thématique

A lecture de la nouvelle LA DAMNÉE, nous notons la présence de plusieurs thèmes que nous pouvons classer en thèmes principaux et en thèmes secondaires.

  • Les thèmes principaux

-Le thème de la souffrance : ce thèmeapparait du début à la fin de la nouvelle. En effet, la mère de Niépou meurt de chagrin parce que l’irresponsable père de sa fille l’avait reniée avant même sa naissance  (page 9). En outre, Niépou née dans la misère, elle y grandira. Cette souffrance qui sera plus morale, s’intensifiera avec son entrée dans la prostitution. Et pour se soulager un tant soit peu, elle passait son temps à couler des larmes. Dépassée par sa souffrance, ses malheurs, Niépou disait qu’elle avait eu le malheur d’être née femme.

-Le thème de la prostitution : ce thème apparait aux dernières pages de la nouvelle. Niépou adoptée par maman Pounni une vielle prostitué, chef de file d’un réseau de prostitution, ne pouvait qu’être inéluctablement qu’une prostitué (page 13). Elle est devenue alors prostitué contre son gré. Et  ayant essayé bien d’autres métiers sans succès, Niépou est condamnée à vivre de la prostitution.

      Le narrateur par l’évocation de ce thème, lance un appel à la société  qui peut être formulé comme suit : ‘’Evitez de punir ou de blâmer les prostitués car toutes n’y sont pas par volonté mais certaines par contrainte’’.

  • Les thèmes secondaires

-Le thème de la violence : La violence se définit comme étant la force ou la pression exercée sur autrui en vue de l’amener à agir selon notre gré. Ce thème apparait dans l’œuvre à plusieurs niveaux. Niépou pendant son séjour au jardin sera violée sexuellement par deux gaillards. Par ailleurs Niépou même avant sa naissance, sa mère a subi de la part de son partenaire sexuel, une violence psychologique : la non-reconnaissance de la grossesse. Elle en mourra même. En outre, après avoir fait son entrée dans la prostitution, Niépou subissait la violence de la gent masculine qui abusait d’elle (page 13). Le narrateur par ce thème, condamne les actes de violence dans la société. Ces actes de violence peuvent être source de plaie chez la victime qui ne sera jamais cicatrisée. Par conséquent cela peut engendrer la haine qui est antinomique à la cohésion sociale

-Le thème de l’indifférence : l’indifférence est le fait de n’éprouver aucun sentiment, intérêt particulier à quelqu’un ou quelque chose. Ce thème est présent dans la nouvelle. En effet, à la mort de la grand-mère de Niépou, il n’y eut personne pour l’adopter. Elle se retrouva seule face à son destin ; perdant tout espoir au village Niépou y quitte pour la ville car ne sachant pas que ce phénomène est plus accru en ville. En ville, elle erra durant deux jours au regard indifférent des citadins (page 9). Par ailleurs les habitants de la ville sont insensibles aux conditions de vie et à la situation des enfants innocents de la rue. Ces enfants dorment dans des jardins, sous des ponts, souvent même à côté des villas à chambres inoccupées.

IV.2. L’énonciation de la nouvelle

         Dans un récit, c’est toujours quelqu’un qui parle à un autre à un moment donné et dans un lieu donné : c’est l’énonciation. L’étude de cette énonciation passe par les éléments que sont les acteurs, le temps et l’espace.

Etude de l’énonciation de la nouvelle LA DAMNÉE

        -Les acteurs : Dans cette nouvelle, l’énonciateur est le narrateur qui n’est pas impliqué dans l’histoire. L’histoire est racontée à la troisième personne du singulier. La nouvelle est le produit d’un témoignage. En effet, le narrateur rend conte de la confidence que lui avait faite Niépou concernant sa vie de misère. Les acteurs qui y interagissent sont : Niépou ; le narrateur lui-même de par son rôle de confident qui a permis à Niépou de se défouler ; maman Pounni ; les deux gaillards ; les hommes clients.

 

 

         -L’espace : Les acteurs de cette nouvelle évoluent dans deux grands espaces : le village et la ville. Le village est présenté comme un lieu où règnent la solidarité, mais aussi la pauvreté et la misère.  C’est dans cet espace qu’est née Niépou et où elle passa son enfance. Elle y partira pour la ville à la quête du bonheur. Le village est opposé à la ville où l’indifférence et l’individualisme rivalisent d’ampleur. En ville personne ne prête main forte à l’indigent c’est-à-dire le nécessiteux. Dans cet espace vivent deux catégories d’hommes : les riches et les pauvres. Niépou passera le reste de sa vie en ville.

          -Le temps : Toutes les actions dans cette nouvelle se passent dans un passé défini par le vécu de Niépou. Tout se passe à des jours et nuits bien précis d’où la présence des indicateurs temporels tels que « Ce soir là elle avait erré longtemps avant de s’allonger sur le banc que la veille elle avait occupé. »  « Ce matin là elle ne se réveilla pas avant l’arrivée des premiers assaillants du jardin. »

            Le narrateur raconte le triste passé de Niépou qui s’est répercuté sur son présent. Niépou a eu un passé douloureux et vit un présent malheureux.

  1. V.                SCHÉMA NARRATIF ET SCHÉMA ACTANCIEL

V.1. Le schéma narratif de la nouvelle

Le texte narratif est une succession de faits qui s’enchainent. Les verbes d’action  et de mouvement renseignent sur la progression de l’histoire. La situation du texte évolue et peut se découper selon un schéma appelé schéma narratif dans lequel on distingue la situation initiale du récit, les éléments perturbateurs de la situation initiale, l’intrigue, les péripéties et la situation finale :

-La situation initiale : C’est le début du récit, c’est le moment où tout est stable. Dans la nouvelle LA DAMNEE la situation initiale est la vie de Niépou au village chez sa grand- mère. Cette période correspond à l’enfance de l’héroïne.

-Les éléments perturbateurs : C’est la phase où la stabilité de la situation initiale est remise en cause ou bouleversée par un événement ou un fait. Dans la nouvelle qui fait l’objet de notre étude, l’élément perturbateur est la mort de la grand-mère de Niépou. C’est en ce moment que commencent les tourments de Niépou car elle se trouve sans soutien, face à son destin.

-L’intrigue : Il faut noter que tout récit développe un problème qui est appelé intrigue. Dans la nouvelle LA DAMNÉE, l’intrigue est le délaissement social qui pousse à des vices sociaux. En fait, Niépou délaissée à elle-même après la disparition de sa mère adoptive, se rendra courageusement en ville pour se faire une vie meilleure. De là, elle tombera dans la prostitution sans jamais pouvoir se relever.

-Les péripéties : Elles sont une série de réactions visant à obtenir l’objet de quête ou à résoudre le problème posé. Dans la nouvelle retenue pour notre étude, les péripéties sont :

 

ü  le départ du village pour la ville,

ü  recherche vaine d’emploi après l’arrivée en ville,

ü  le choix du jardin comme demeure,

ü  travail domestique chez maman Pounni,

ü  la prostitution

ü  la tentative de changer de métier.

-La situation finale : Elle est la fin du récit ou histoire. A la fin d la nouvelle LA DAMNÉE, Niépou est une prostitué à contre cœur d’où son statut de «  damnée ». Elle sent sa dignité  bafouée en se voyant vendeuse de charme qui une activité illicite entrainant à la marginalisation sociale.

V.2. Le schéma actanciel

           Greimas en s’appuyant sur les recherches précédentes visant à expliquer le texte narratif, élabore le schéma actanciel à partir de six (06) actants. L’actant se définit comme une classe d’acteurs, de personnages animés ou inanimés remplissant une fonction dans le récit. De la nouvelle LA DAMNÉE, peut découler le schéma actanciel suivant :

Destinateur                                       Objet                                     Destinataire

(Niépou)                                   (Mieux être, bonheur)                      (Niépou)                                

 

 

Adjuvants                                         Sujet                                      Opposants

(Maman Pounni,                                 (Niépou)                                (Les deux gaillards,

Grand-mère,                                                                                     le père,

Courage)                                                                                          la société,

                                                                                                         La gente masculine)

      -Explication du schéma : Niépou constatant sa situation désastreuse, va à la quête d’un objet qu’est son mieux être c’est-à-dire son bonheur. Elle est donc la destinatrice et le sujet opérateur de la quête. Elle sera en plus la bénéficiaire, la destinataire c’est-à-dire celle à qui reviendra l’objet. Dans sa quête, Niépou est aidée par son courage. En effet elle marcha deux jours tout entiers en ville à la recherche d’un emploi. Un autre adjuvant de Niépou  dans cette quête est maman Pounni qui l’adopta. Elle a d’abord fait d’elle une fille de ménage avant de l’intégrer dans le réseau de la prostitution. Ce métier est avilissant certes, mais elle permettra à Niépou de gagner son pain.

 

  1. VI.             ÉTUDE DE LA VALEUR TEMPORELLE ET DES FIGURES DE               STYLE DANS LA NOUVELLE

VI.1. Étude de la valeur temporelle dans la nouvelle LA DAMNÉE

       Les temps dominant de ce texte sont le présent, et le passé (passé simple, imparfait, plus que parfait et passé composé). Le passé marque l’aspect accompli. Il permet de faire vivre des actions passées, une vie antérieure. A travers l’emploi de ce temps, le narrateur raconte la vie antérieure de Niépou. Une vie empreinte de souffrances et de misères.

        -Pour exprimer les faits achevés qui ont marqués la vie de Niépou et pour les situer dans un moment précis le narrateur utilise le passé simple : « Niépou seule, face à son destin quitta son village pour la ville. » ; «Ce matin là elle ne se réveilla pas avant l’arrivée des premiers assaillants du jardin.»

         -L’imparfait qui  exprimant une action passée, insiste  sur la durée. Ce temps est fréquent dans la nouvelle LA DAMNÉE : « Autour d’elle la nuit imposait son voile », « La ville avec ses réverbères pâles et ses ombres sinistres la toisait.»,  «  La cour ressemblait à un asile de jeunes filles. »

        -Le plus-que-parfait qui indique une action passée antérieure à une autre exprimée à l’imparfait, au passé simple, est abondant dans ce récit. Ces quelques passages en sont des illustrations : « Elle avait gravit les étages qui les séparait de la chambre du fidèle ; L’homme à demi saoul avait longuement raconté sa vie à Cécile avant d’abuser d’elle à la manière d’un forcené ; Elle s’était redressée pour déflorer sa nudité.»

           -Dans la narration, le narrateur a fait aussi usage du passé composé. Le passé composé exprime une action achevée, il insiste sur cet achèvement, tantôt sur les conséquences se prolongeant jusque dans le présent. Ces passages parmi tant d’autres en sont les exemples : «- Mais tu n’as rien dit ; d’ailleurs c’est bien fait pour elle. » page11. « Je m’y suis retrouvée empêtrée par la force des choses.» page 13.

           -Le présent exprime des actions qui sont en cours. Dans un récit, on emploi le présent pour exprimer des événements passés auxquels on veut donner un certain relief : c’est le présent de la narration. Le narrateur emploie abondamment ce temps dans la nouvelle LA DAMNÉE : « Tu sais ma fille, la vie est bien triste.» ; «Il y a ceux qui travaillent pendant la journée pour donner l’excédant de leur argent à nous qui dormons le jour pour leur vendre nos charmes la nuit. » Ce temps permet d’authentifier le récit et de l’actualiser.

VI.2. Analyse des figures de style

Une figure de style désigne toute forme d’expression remarquable dans un texte du point de vue de l’effet particulier qu’elle y produit. L’identification des figures de style et l’étude des effets recherchés sont des points de la compréhension d’un texte. La nouvelle LA DAMNÉE est parsemée de figures de styles en vue de rendre plus captivant le message. Parmi ces figures de styles nous notons :

- La personnification : elle est une figure de style consistant à attribuer des qualités humaines à des objets ou des choses inanimées. Dans ce passage : «La ville avec ses réverbères pâles et ses ombres sinistres la toisaient… » l’auteur confère des traits humains à la ville qui se trouvait dans l’incapacité d’aider Niépou dans sa souffrance. Elle se contentera de la regarder. En outre, cet extrait : « Autour d’elle la nuit imposait son voile. »est une personnification. La nuit est considérée comme une personne possédant un voile dont elle se sert pour couvrir progressivement la terre après le coucher du soleil.

- La périphrase :elle est une expression développée désignant une chose connue couramment sous un seul nom. Cette expression  soulignée dans la phrase suivante en est une illustration : « Elle eut froid dans le dos. » elle Voudrait dire « avoir peur ». Egalement dans la phrase « Il y a ceux qui travaillent pendant la journée pour donner l’excédant de leur argent à nous qui dormons le jour pour leur vendre nos charmes la nuit. », vendre nos charmes est une périphrase qui signifierait nous prostituer.

            - La comparaison : la comparaison est un procédé qui consiste à rapprocher deux choses différentes à l’aide d’un outil grammatical de comparaison. Dans la nouvelle LA DAMNÉE  nous remarquons la présence de ce procédé. « Cécile, parmi les filles de Pounni, était comme une tourterelle au milieu de corbeaux » ; « La vie est bien triste. C’est un piège qui nous tient et comme un dédale s’en tirer sans écorchure se révèle utopique. » en sont des illustrations parmi tant. Dans la première la comparaison fait ressortir la petitesse de Niépou par rapport aux autres filles de maman Pounni. La deuxième qui s’apparente à proverbe, rapproche la vie à un dédale c’est-à-dire un lieu où on s’égare. Ceci met en exergue le caractère très complexe voire difficile de la vie.

- La métaphore : la métaphore est une sorte de comparaison sans outil grammatical de comparaison  et qui rend plus frappante une chose par un rapprochement nouveau. William  COMBARY utilise cette figure de style pour décrire la ville dans ce  passage : « C’est dans le guêpier de l’individualisme et la toile tissée de l’indifférence que Niépou entrait ». Cette  figure traduit le danger que courait Niépou en se rendant en ville pour la quête de son bonheur. Ensuite la phrase « elle arriva à un coin où gisaient des corps inertes » contient une métaphore. En effet, écrasés par la misère, la souffrance, ces enfants étaient comme des enfants sans vie c'est-à-dire des êtres inanimés.

- L’hyperbole : l’hyperbole est un procédé consistant à l’exagération des choses dans leur présentation afin de les rendre plus frappantes, plus impressionnantes. W. COMBARY en a utilisé dans bien de passages en l’occurrence ces quelques uns : « La vue de ses yeux blancs, fixés sur moi, et d’où coulait la souffrance. » ; « Elle avait voulu pleurer mais la source de ses larmes avait tari.» Ces phrases traduisent la souffrance grandement intense et profonde de Niépou. Comment des yeux peuvent-ils être des sources qui déversent la souffrance à la place des larmes ? En plus la douleur non-quantifiable que ressent Niépou suite à son viol, a empêché  les glandes productrices de larmes de fonctionner.

 

- L’oxymore : elle est une construction alliant dans un même groupe deux mots de sens incompatibles. Cette figure se rencontre de part et d’autre dans la nouvelle LA DAMNÉEet  en enrichit davantage la qualité littéraire. Les phrases suivantes retiennent l’attention à la lecture de la nouvelle : «C’était l’heure du mariage divergent de la richesse et de la misère. » ; « Elle regarda ces billets de banque craquants et cependant sales. » La première phrase oppose mariage à divergent et richesse à misère. En effet le mariage unit  et ne peut pas diverger. En plus il unit des êtres même de genres différents mais compatibles ; la misère est contraire de la richesse. Prise dans la nouvelle, cette phrase fait allusion aux deux catégories sociales (pauvres et riches) qui se côtoient sans jamais se confondre. Quant à la deuxième phrase, elle fait ressortir le paradoxe, le contraste qui existe entre un billet craquant et son impureté. En clair l’insalubrité des billets n’est pas lié à sa la matière mais plutôt à sa source d’acquisition. Ainsi un billet craquant obtenu à l’issue d’une activité illicite comme la prostitution, demeure sale et impropre.    

 

CONCLUSION

Au terme de notre étude de la nouvelle LA DAMNEE qui relate la souffrance d’une orpheline, l’auteur interpelle les uns et les autres à une prise de conscience du phénomène. Cette étude nous a permis de déceler les qualités littéraires de cette nouvelles à travers de nombreux procédés que l’auteur a utilisés pour rendre le message plus sensible. Pour finir, disons que l’étude intégrale d’une œuvre littéraire en général et d’une nouvelle en particulier, permet sa meilleure intellection tout en palliant du même coup les incompréhensions de l’œuvre. Cette étude aiguise donc le  goût de la lecture des apprenants ou élèves.